C’est un coup du sort qui a mené Wes Graham à bâtir une carrière qui a marqué de façon durable l’enseignement de l’informatique et les pratiques de développement de logiciels au Canada et à l’étranger. Après avoir obtenu sa maîtrise en statistique à l’Université de Toronto, il a travaillé comme ingénieur de systèmes chez IBM. Toutefois, un vol manqué vers Toronto a tout changé.

« Wes travaillait à Kitimat, en Colombie-Britannique, et s’apprêtait à rentrer à Toronto par avion, raconte Don Cowan, son ami de longue date et collègue à l’Université de Waterloo. Il a manqué son vol, et l’avion s’est écrasé dans les montagnes. Cet événement lui a fait repenser sa vie. En 1959, il a demandé à Ralph Stanton, l’un de ses anciens professeurs, s’il pouvait venir enseigner la statistique à la nouvelle Université de Waterloo. Par la suite, nous avons travaillé ensemble pendant près de 39 ans, jusqu’à son décès en 1999. »

Motivé par un amour pour l’enseignement

C’est sa passion pour l’enseignement qui a poussé Wes Graham à chercher une solution logicielle mieux adaptée à l’apprentissage. À cette époque, l’exécution d’un programme prenait au moins 30 secondes et chaque erreur produisait une pile de papier incompréhensible. Cette approche n’était pas du tout adaptée pour enseigner à de grands groupes d’étudiants.

En 1965, Wes Graham a réagi à la situation en dirigeant quatre étudiants et un membre subalterne du corps professoral dans l’élaboration du compilateur WATFOR (Waterloo Fortran) pour résoudre les problèmes de vitesse et d’erreurs.

« Nous avons découvert que des travaux pertinents étaient menés à l’Université du Wisconsin, explique M. Cowan. Nous les avons repris à Waterloo et les avons améliorés. »

WATFOR a fait son chemin dans plus de 60 pays, 400 collèges et universités et 3000 installations partout dans le monde. L’équipe a également travaillé à l’amélioration de FORTRAN, ce qui a mené à la création de WATFIV (Waterloo FORTRAN IV) et à la mise en place d’une programmation structurée (WATFIV-S). Bon nombre de ces améliorations ont été intégrées à la norme FORTRAN.

Wes Graham a également joué un rôle essentiel dans le développement d’autres logiciels éducatifs, y compris des logiciels pour les langages COBOL, Pascal, BASIC, APL et des réseaux locaux appelés Waterloo MicroNET, Waterloo JANET et MacJANET. Ses recherches ont également permis de créer des versions préliminaires de logiciels de traitements de texte, de tableurs et de bases de données.

L’ensemble de ces travaux, ainsi que le fait de convaincre l’université d’investir dans l’ordinateur IBM 7040 et l’ordinateur IBM 360/75, ont valu à Graham le titre de « père de l’informatique » de l’Université de Waterloo. Il a également influencé d’innombrables étudiants et études en informatique en Ontario en contribuant à l’élaboration du premier programme d’études dans le domaine et en dirigeant le développement de matériel et de logiciels pour les élèves du secondaire. 

Mise au point d’une approche gagnante pour la propriété intellectuelle (PI)

Au cours des années 1970, les occasions d’entrepreneuriat se sont multipliées pour les étudiants et le corps professoral de l’Université de Waterloo. Au début de cette décennie, Wes Graham a reconnu que l’université avait besoin d’une meilleure façon de gérer les droits de PI.

« Les gens développaient toutes sortes de PI et de logiciels en particulier, explique M. Cowan. De nombreuses discussions portaient sur la façon de gérer la PI. Wes était d’avis que les droits de PI devaient appartenir au créateur. Il a donc fait en sorte d’élaborer une politique officielle en la matière au sein de l’Université de Waterloo, et celle-ci est toujours en vigueur aujourd’hui. À l’époque, on croyait dans la plupart des universités que le créateur devait partager ses droits de PI avec l’établissement. »

« Ses efforts ont mené au succès que nous voyons aujourd’hui avec des entreprises dérivées de l’Université de Waterloo comme WATCOM, Dalsa, Open Text et Maplesoft, pour ne citer que quelques exemples, affirme M. Cowan. Tout le monde en a profité. Les gens qui souhaitent lancer une nouvelle entreprise peuvent maintenant le faire sans avoir à négocier avec l’université pour les droits de PI. L’Université de Waterloo était unique en son genre en adoptant cette approche et l’est toujours. »

À l’extérieur de la salle de classe

Le fils de Wes Graham, Jim, affirme qu’en plus d’aimer son travail, son père adorait aussi sa famille de six enfants, son chalet et le ski nautique.

« Papa travaillait fort, mais il savait aussi s’amuser, explique Jim Graham. Il a lui-même construit deux chalets. Il s’est occupé de la plomberie, de l’électricité et de la conception – de tous les aspects de la construction. Nous avons tous appris à faire ces choses aussi. »

Il a également transmis à sa famille sa passion pour le ski nautique. Ils passaient chaque été à Bala, en Ontario, à s’entraîner puis à participer à des tournois nationaux et internationaux. Sa fille, Susi, a occupé le premier rang du classement mondial à plusieurs reprises sur une période de dix ans et a détenu un record du monde pendant six ans. Wes Graham a également contribué à ce sport en développant le premier logiciel de calcul des sauts, qui étaient auparavant mesurés à l’aide d’outils de sondage.

Reconnaissance et réalisation

En 1978, Wes Graham a reçu le Prix du professeur distingué de l’Université de Waterloo. Lorsqu’il a pris sa retraite en 1994, l’Université de Waterloo a créé la médaille J.W. Graham en informatique et innovation. Ce prix est remis chaque année à un diplômé de l’Université de Waterloo qui incarne les qualités pour lesquelles M. Graham était reconnu.

En 1999, Wes Graham a été nommé officier de l’Ordre du Canada. Cette distinction honorifique lui a été décernée par Hilary Weston, alors lieutenante-gouverneure de l’Ontario, avant qu’il ne décède des suites d’un cancer en août 1999.

Malgré une longue liste de réalisations et de prix, Jim Graham décrit son père comme étant humble.

« Dire que mon père était modeste n’est pas un cliché, dit Jim Graham. Il était sûr de lui, mais il ne s’imposait jamais aux gens. Il a vraiment vécu humblement ».

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