Université Laval (à titre posthume) 

François Laviolette (6 octobre 1962 – 26 décembre 2021), Chaire Canada-CIFAR en intelligence artificielle (IA), Chaire de recherche industrielle CRSNG-Intact, était un chercheur majeur, qui a contribué aux fondements théoriques de l’IA ainsi qu’à son application dans divers contextes. Il s’est d’abord distingué en résolvant un problème de théorie des graphes vieux de 60 ans sur la décomposition de graphes infinis, posé par le mathématicien Paul Erdös. Sa thèse de doctorat s’est ainsi classée parmi les sept finalistes du 1998 Council of Graduate Schools/ University Microfilms International Distinguished Dissertation Award of Washington. En 2002, à son arrivée au Département d’informatique de l’Université Laval, il amorce un virage vers l’apprentissage automatique. À peine dix ans plus tard, il aura déjà fait sa marque, grâce à ses contributions sur les bornes PAC-Bayes, qui servent à témoigner de la fiabilité d’un algorithme d’apprentissage, et sur l’analyse du séquençage/assemblage des génomes en fragments. Utilisant une structure de graphes pour représenter les fragments, l’algorithme développé a pu être massivement parallélisé – une première à l’époque –, ce qui a fait passer le temps d’assemblage de novo d’un génome humain de trois semaines à une dizaine d’heures!

Au cours de sa carrière, il a écrit plus de 100 articles cités plus de 9600 fois. Parmi ses contributions aux fondements de l’IA, la plus remarquée par la communauté est DANN, un algorithme d’adaptation de domaine qui consiste à transférer l’apprentissage fait dans un contexte vers un domaine différent. Il a contribué à la recherche en santé (avec trois articles dans Nature – Scientific Report), en assurance et en aéronautique (comme responsable au Québec du projet DEEL).

Bien que celles-ci soient d’une importance majeure, ses contributions vont au-delà des avancées scientifiques. François Laviolette était un bâtisseur de grands projets. Il savait motiver, convaincre et collaborer avec les gens. C’est ainsi qu’il a créé le Centre de recherche en données massives à l’Université Laval (CRDM_UL) qui regroupe plus de 60 chercheurs de différentes disciplines. François Laviolette avait à cœur les aspects éthiques de l’IA et son acceptabilité sociale. Il a participé à l’élaboration de la déclaration de Montréal, dont les signataires s’engagent à faire un usage responsable et respectueux de l’humain de l’IA et du numérique. Il a été l’un des fondateurs de l’Observatoire international sur les Impacts sociétaux de l’IA et du numérique (OBVIA), ainsi que de l’Institut en Intelligence des données (IID) de l’Université Laval. Après le diagnostic d’un cancer, il a agi à titre de patient partenaire et d’expert en IA dans plusieurs groupes, comme le projet DHDP d’Imagia, l’organisme Catalis ainsi que le comité IA santé du scientifique en chef du Québec, considérant qu’ouvrir les données en santé pour fin de recherche sera un élément clé pour le bien-être de la société.

François Laviolette a favorisé, à Québec, la création et la croissance d’un écosystème en IA. Sa chaire industrielle, ses projets d’envergure et les événements organisés par le CRDM_UL permettent aux chercheurs, aux industriels et aux compagnies de collaborer pour s’attaquer à des problématiques émergentes ou classiques au moyen de l’IA. Le projet DEEL (Dependable Explanation Learning) dont l’objectif est de rendre l’IA certifiable, plus robuste et plus fiable en est aussi un exemple où des chercheurs canadiens et français collaborent avec des compagnies comme Thales, Bell, Bombardier et CAE.

Très récemment, un groupe de collaborateurs et amis a créé le fonds de bourses François Laviolette visant à soutenir les travaux d’étudiants aux cycles supérieurs, notamment sur l’interprétabilité et sur une utilisation éthique et responsable des données. L’interprétabilité est essentielle dans certains domaines, comme en santé ou en assurances, où on ne peut laisser à la machine le soin de décider d’actions importantes sans qu’elle fournisse une justification compréhensible par l’humain. Il percevait le Fonds comme un catalyseur pouvant aider à instituer un choix collectif responsable, transparent, liant le citoyen, le décideur, les organismes œuvrant aux données, et permettant ainsi de considérer les données comme une ressource naturelle qui sert le bien de tous, initiant, peut-être, une nouvelle révolution tranquille.

François Laviolette a fait en sorte que le Canada préside aux grandes transformations qu’amène l’IA dans nos vies. Avec sa gentillesse et ses qualités de rassembleur, il a créé un environnement convivial pour tous ses collaborateurs.

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