John Cabeen Beatty III est décédé paisiblement dans son sommeil à l’aube du 2 juillet 2020, à son domicile de l’île Gabriola, en Colombie-Britannique. Il est né à New York le 27 novembre 1947. Son père était avocat, puis juge et membre de l’Assemblée législative de l’État de l’Oregon. Sa mère était chercheuse fondatrice du Oregon Primate Research Center, et dans le cadre de son service public, a fait partie du Oregon Energy Facility Siting Council sous trois gouverneurs consécutifs. John a consacré sa carrière à l’informatique. Il était d’abord et avant tout un enseignant et un universitaire. Il a toujours aimé les livres et était un lecteur avide. Il dévorait tout ce qui touchait à l’histoire américaine ainsi qu’à la théorie et à l’analyse politique et économique.

John a grandi à Portland, en Oregon, où il a vécu avec sa famille sur Council Crest et fréquenté des écoles publiques. Il s’est inscrit à l’Université de Princeton, où il a obtenu un baccalauréat en mathématiques en 1969, puis un doctorat en informatique à l’Université de Californie à Berkeley en 1977. Il a vécu à Oakland, en Californie, et travaillé au Lawrence Livermore National Laboratory de 1969 à 1977 comme programmeur mathématique et informaticien avant de se joindre à l’Université de Waterloo à Waterloo (Ontario) en 1978 comme membre du corps professoral du Département d’informatique. Il a pris sa retraite en 2010 et s’est installé sur l’île Gabriola, où il s’est rapidement adapté au rythme de la vie insulaire et a ravivé l’affection qu’il avait pour les caniches pendant son enfance.

Sa maison était remplie de livres et d’ordinateurs. Avec son esprit bricoleur, il prenait plaisir à comprendre comment automatiser à peu près n’importe quel objet. Pendant un congé sabbatique de deux ans au début des années 1990, John s’est mis au service du U.S. Peace Corps au Malawi, où il a contribué à l’installation d’ordinateurs dans le réseau scolaire local. Dans les dernières années, il a été chauffeur bénévole pour GERTI, le service d’autobus communautaire de l’île Gabriola. Tout au long de sa vie, il a suivi les événements de l’actualité de près et s’est tenu au courant d’une vaste gamme de sujets liés aux sciences et à la technologie. On l’entendait souvent citer Shakespeare. L’un de ses passages préférés était celui où Glendower dit, dans Le Roi Henri IV, partie 1, « Je peux appeler les esprits du fond du vaste abîme », et Hotspur réplique « Parbleu! je le peux aussi et tout homme le peut, mais viendront-ils lorsque vous les appellerez? », le tout récité avec une intonation théâtrale, bien sûr.

L’intérêt de John pour l’informatique chevauchait la théorie et la pratique. Il s’est d’abord penché sur la théorie du langage formel, puis sur l’infographie, en particulier les techniques de reproduction exacte des couleurs et l’utilisation des mathématiques des splines pour modéliser et rendre des lignes et des surfaces courbes dans le domaine de la conception assistée par ordinateur et de l’animation. En plus d’avoir publié à titre individuel et collectif un certain nombre d’articles de recherches et un manuel d’études supérieures sur les splines, John était un enseignant dévoué dans un éventail de matières. Dans ce rôle, il a encadré de nombreux étudiants de premier cycle et des cycles supérieurs. Sa thèse de doctorat portait sur la théorie du langage formel. John a enseigné ce sujet pendant plusieurs années. Au premier cours, il arrivait portant smoking et gants blancs… une entrée en matière parfaite. Dans les dernières années de sa carrière, il a donné un certain nombre de cours conçus pour initier les mineurs à l’art et à la pratique de la programmation informatique.

Il a été cofondateur du Laboratoire de graphisme informatique de l’Université de Waterloo et a occupé divers postes de direction au sein de l’Association of Computing Machinery’s Special Interest Group on Computer Graphics and Interactive Techniques (ACM SIGGRAPH), notamment ceux de coprésident de la conférence SIGGRAPH 1983, de rédacteur en chef du bulletin SIGGRAPH et de rédacteur en chef de la revue ACM Transactions on Graphics. C’était un relecteur d’épreuves infatigable. Bon nombre d’étudiants en sont venus à comprendre que leurs travaux leur seraient remis raturés au stylo rouge, avec les suggestions de John pour une meilleure grammaire et un libellé plus clair et plus précis.

John faisait preuve du même dévouement et du même souci du détail dans son propre travail, à titre de chercheur, d’enseignant et d’administrateur. Il n’était pas fermé à contester l’autorité, mais il ne le faisait que pour les bonnes raisons. Après avoir su que l’université souhaitait donner le contrat d’entretien de l’ordinateur d’une valeur d’un demi-million de dollars du laboratoire à l’interne, John a envoyé une note de service qui disait simplement : « Notre laboratoire a récemment fait fabriquer quatre câbles RS-232C à l’interne. Aucun d’entre eux ne fonctionnait. Un VAX 11/780 est beaucoup plus complexe qu’un câble RS-232C. Ai-je besoin d’en dire plus? » Le laboratoire a donc eu l’autorisation de donner le contrat d’entretien en sous-traitance.

Des générations d’élèves ont profité de ses conseils et de sa sagesse. Un étudiant évoque John comme étant « dans ma très courte liste de professeurs préférés, puis d’amis. Lorsque je pense à John, le mot ‘‘authentique’’ me vient à l’esprit. Il aimait aider. Il aimait partager. Malgré sa grande intelligence, il n’avait aucune prétention, aucun orgueil. C’était un privilège de le connaître. John et d’autres ont créé un environnement où nous pouvions nous épanouir. » Un autre étudiant se souvient : « Je crois que j’ai tiré autant de leçons de vie que de notions scolaires. J’ai vécu des années uniques, en grande partie grâce à la chaleur humaine et à l’esprit de John. »

John était un fervent adepte d’escrime et il a continué après l’université. Il a participé à des compétitions d’escrime à Oakland. Après avoir déménagé au Canada, il a été entraîneur au club d’escrime de l’Université de Waterloo pendant un certain temps. Il a passé de nombreux étés à voyager avec ses parents et sa sœur dans leur voilier au large des îles San Juan et Gulf, à la frontière de l’État de Washington et de la Colombie-Britannique. Il était un fervent amateur de Linda Ronstadt. John aimait aussi la bonne nourriture (sauf les asperges) et le bon vin, mais après avoir fait une crise cardiaque au milieu des années 1990, il a modifié son alimentation et, fidèle à son caractère, suivi un régime strict dans lequel il mesurait méticuleusement ses portions et surveillait ses signes vitaux. Et tout cela, après avoir argumenté avec sa mère à l’époque sur le fait qu’un repas équilibré de viande, pommes de terre et légumes pouvait être remplacé par un repas de steak un soir, de pommes de terre le soir suivant et de petits pois le troisième soir.

Ses amis l’aimaient pour son excentricité et ont cessé de remettre en question son amour pour les capes à la Sherlock Holmes, les chapeaux Tilley, les sandales Birkenstock portées avec des chaussettes ainsi que son couteau suisse toujours à portée de main et son énorme trousseau de clés de gardien attaché à sa ceinture portée à la taille. Les enfants de ses amis riaient de ses aboiements et de son imitation d’un hurlement de loup à la lune, mais pas en public.

John laisse dans le deuil sa sœur Clarissa Jean Beatty et son mari Jim Pernetti, son neveu Trask Beatty-Pernetti, ainsi que ses adorables caniches Misty et Sparky. Il a été précédé dans la mort par sa mère et son père, Clarissa Beatty (Ph. D.) et le juge John (« Jack ») Cabeen Beatty. À sa demande, aucun service commémoratif ne sera tenu. Les dons en sa mémoire peuvent être faits à la Fondation Bill & Melinda Gates.